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Voici l'interview de LN dans "femme d'aujourd'hui"
"Le jeu de la vérité" Rencontre: Amandine Guyaut
Humaine, tendre, touchante et attachante, Hélène Ségara nous présente son nouvel album «Quand l'éternité...» avec émotion et générosité. Une rencontre inoubliable. Merci!
Nouvel album, nouvelle Hélène Ségara? Je ne crois pas que c'est une nouvelle... On lève juste le voile sur une autre facette. C'est encore plus moi que jamais. (Rire.) Il y a une évolution dans me vie de femme, je suis beaucoup plus épanouie qu'avant, donc forcément ça se ressent. C'est ça la nouveauté! Ça se ressent aussi dans mon travail. Il y a plein de choses que j'ai réglées en amour, je suis passée à autre chose, l'évolution vient de là.
«Rien n'est comme avant», le premier titre de votre album, parle de cette évolution? Pas seulement. Cette première chanson parle de l'absence de quelqu'un. (Emue) Par ce deuil que j'ai vécu, j'ai voulu écrire sur le 'comment continuer à vivre quand quelqu'un disparaît de notre vie, quitte subitement notre quotidien'... La chaise vide... C'est ça que j'avais envie d'aborder...
«Father», une relation qui vous a manqué? Cette chanson est dédiée à mon beau-père, que j'ai perdu après la naissance de ma fille et qui était comme mon père. C'est une lettre que je lui ai écrite en mon nom et en celui de tout ceux qui l'on aimé. Tout l'album existe pour lui. (Vraiment très émue)
Quel sens donnez-vous au mot éternité, le titre de votre album? La chanson éternité se trouve à la fin de l'album. Elle exprime que tout n'est pas fini pour moi, que tout ne s'arrête pas à ce manque physique. C'est cette épreuve qui m'a conduit là. J'ai toujours eu la foi, elle a été renforcée par cette épreuve et elle a renforcé le fait que je crois que les choses continuent bien au-delà que ce que l'on voit.
«On dort toujours tout seul», pourquoi porte-t-on toujours un masque? C'est un des rares textes que je n'ai pas écrits sur l'album. Mais il est tellement vrai. On s'est tous cherché à un moment donné, et tant que l'on ne se trouve pas c'est difficile de trouver l'autre. Des gens vivent ensemble mais ils ne se connaissent pas, ils se mentent. C'est la clé de pas mal d'échecs. On ne peut pas se mentir longtemps. Beaucoup de gens jouent à être heureux et ils sont très seuls, en fait. Elle voulait aussi exprimer, à travers ce deuil que j'ai vécu, que l'on n'est pas seul dans la douleur. Les gens qui nous aiment vraiment nous aident. Il faut savoir le voir, ça!
Etes-vous vraie face à nous, votre public? Oh, oui! J'espère en tout cas! Pour moi, c'est un combat. L'aile d'ange clouée sur un mur, sur la couverture de l'album veut simplement dire (elle sourit) que j'essaie d'aimer profondément les choses et le gens. J'essaie de donner le meilleur. Cette aile clouée veut dire qu'être un ange dans ce monde n'est pas toujours possible. Même ceux qui ont réussi à l'être ont été crucifiés...
Donnez-moi trois mots qui vous qualifient. C'est délicat... Je suis très maman, mais en général! Sur ma tournée, je veille à ce que tout ceux qui travaillent avec moi aient bien mangé. Je suis très clown aussi. L'humour désamorce tellement de choses, il aide. Je suis très émotive aussi. Je peux très vite être prise d'un fou rire comme je peux verser une larme devant un film ou en écoutant une chanson. C'est très bon d'être comme ça, on vit intensément.
Quelle relation avez-vous avec vos enfants? Ce matin, j'ai eu un peu de mal à les quitter, quand même... Je suis complètement dingue de mes enfants. Qui ne dirait pas ça? Je suis une maman qui cuisine beaucoup. J'ai beaucoup de mal à ne pas craquer pour leur faire un petit plaisir. J'essaie de les gâter, pas trop mais plus que je ne l'ai été. Je suis normale, enfin il me semble. (Rire)
«Je te retiens» leur est dédié? Non! Mais vous ne pouviez pas le deviner. Je l'ai écrite pour une jeune fille, Marie, qui me suit depuis mes débuts. Elle est incroyable, c'est une belle personne, presque un ange. Marie est tombée gravement malade. J'ai beaucoup été avec elle. J'avais peut-être la présomption de m'imaginer que j'allais la retenir et l'aider. Mais, elle nous a quittés. La chanson était déjà sur l'album quand c'était fini. Mais je suis contente car ses parents ont écouté l'album et Marie est cette chanson aujourd'hui.
Je vous sens très émue... Je ne suis plus triste aujourd'hui. Je suis émue en en parlant. Je n'ai pas l'impression que je ne les reverrai jamais. J'ai la certitude qu'ils m'entendent de là où il sont. Cet album a été une thérapie. C'est merveilleux quand on a du chagrin de pouvoir le poser sur papier, de vider son cour. Ça devient une chanson et puis on la partage avec d'autres et c'est extraordinaire.
Femme rime avec... Ce n'est pas facile de ne mettre qu'un seul mot. C'est la rondeur, l'harmonie de la douceur, la maternité, la tendresse. Il y a des qualités que j'aime aussi profondément chez l'homme. J'aime le fait qu'il ne s'embarrasse pas de détails, ceux qui nous épuisent nous. C'est beaucoup plus cash chez un homme. La femme c'est toute une palette. Nous sommes l'épouse, la soeur, la mère, la confidente, la complice, la fille, l'amante...
«Méfie-toi de moi», pourquoi faut-il se méfier de vous? Ce n'est pas une mise en garde, c'est plus ludique. Méfions-nous des gens qui donnent tout. Si l'on veut tout recevoir d'une personne, il ne faut pas la trahir. Mon mari est le seul homme en qui j'ai eu confiance, le seul à qui je pourrais tout donner, une trahison serait très difficile à vivre. Il en est conscient. L'autre sens de cette chanson est 'méfions-nous des apparences'.
Votre album peut toucher tout le monde, il berce, il prend aux tripes... Ça me touche beaucoup, merci! La musique c'est un échange, une thérapie, un langage. Je fais le point sur des choses intimes tout en gardant un peu de pudeur et en ne tombant pas dans le larmoyant. Comment pouvais-je le partager? Vivre pour moi toute seule ne m'a jamais intéressée. J'ai toujours aidé les autres plus que moi. Ma vie de femme a nourri ma vie d'artiste et maintenant j'ai plein de choses à partager avec mon public. Je me suis arrêtée un moment pour me construire, pour être heureuse, j'ai envie de leur parler de ce bonheur.
Hélène Ségara décortique le sens de ses chansons:
«Rien n'est comme avant», c'est le début de tout. La première phrase de cette chanson est Ecoutez le ciel. Quand mon mari a perdu son papa, je lui ai dit qu'il fallait écouter les signes, on en aura. Les gens ne nous quittent jamais vraiment. Je l'ai vécu avec mon grand-père. Et c'est arrivé, on a eu plein de signes et ça fait chaud au coeur. On a fait cette chanson ensemble. Pour alléger sa peine, se décharger, il a composé la musique et j'en suis tombée amoureuse. Quand j'ai écrit le refrain de Rien n'est comme avant, j'ai tout de suite entendu la mélodie (elle chante) et je me suis dit rien n'est comme avant. Le refrain est venu d'un coup, tous ceux qu'on a aimés continue d'exister. Ca nous a fait beaucoup de bien de pouvoir exprimer tout ça. Nous n'avons jamais été seul dans cette épreuve. On s'est soutenu. L'épreuve renforce le couple si on l'accepte et si on essaye de la comprendre.
«Tu ne seras jamais libre». On aborde la solitude... Beaucoup de gens autour de moi s'aperçoivent de l'harmonie que j'ai réussi à trouver dans mon couple. Beaucoup aspire à ça mais ne l'ont pas. Je suis une marieuse! Certains ont peur d'aimer et tout simplement car ils sont restés sur une blessure, sur des choses pas soignées. J'ai fait partie de ces gens-là, mais le jour où j'ai arrêté de regarder mes cicatrices et que je les ai laisser se refermer petit à petit, j'ai commencé à vivre. On ne peut pas avancer si nos bagages sont trop lourds. A un moment, il faut se délester. Comment peut-on vivre une histoire si l'on n'a pas fait le deuil des autres?
«Quel est ton nom». L'aspect mystique de l'album. Je suis quelqu'un de croyant, ça faisait longtemps que j'avais envie d'aborder le sujet. On se bat pour donner un nom différent à Dieu selon sa religion... mais on s'en fout! Le but n'était pas de s'entretuer mais tout l'inverse! Ca me révolte! On n'est peu de chose après tout alors arrêtons de trouver des excuses à notre bêtises.
«Femme» est un hommage que je voulais rendre par rapport à tout ce que j'ai pu ressentir en tant que femme et à toutes les femmes que je croise et que j'admire. C'est beau d'être une femme même si ce n'est pas toujours facile... Porter la vie, c'est beau!
«On dort toujours tout seul». C'est le travail que l'on a à faire sur soi pour être heureux. On n'est pas des victimes.
«Dans nos souvenirs». C'est la première fois que j'aborde mes origines arméniennes. On a retrouvé de la famille là-bas. J'ai appris plein de choses sur mes ancêtres et ça m'a beaucoup touchée. Je suis partie là-bas avec ma maman. J'ai écrit cette chanson pour ma maman et sa mère. Quand je vois la vie terrible qu'elle a eu cette femme et qu'elles ont toutes eues avec le génocide... J'ai eu envie de leur rendre hommage. C'est bien d'aborder le génocide sous toutes ses formes. Les gens ont la mémoire trop courte!
«J'attends» qui dit que dans toutes les choses mauvaises, il y a toujours du bon à prendre.
«Douce», je trouve que c'est un sparadrap, un petit moment de douceur.
«Quand l'éternité», elle résume tout l'album... Tout ne s'arrête pas à ce que l'on voit...
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